Analyse des résultats du TCF par les concepteurs de contenus

Près de 85 % des candidats ont un niveau global compris entre A2 et B1. Pour ce qui concerne les épreuves obligatoires, les candidats ont de meilleurs résultats dans la partie maîtrise des structures de la langue et les résultats les plus faibles sont observés pour la compréhension orale.

En expression orale et écrite les candidats sont principalement situés entre B1 et B2. 
On peut noter que le lexique et la morphosyntaxe sont les critères les mieux notés en expression orale, tandis que les critères les plus pénalisants sont l’adéquation des fonctions discursives et l’aisance. 
Et en expression écrite, l’adéquation des fonctions discursives pose légèrement plus de problèmes aux candidats pour les premiers exercices. Globalement, on note aussi que le critère de respect des consignes est celui qui révèle le plus de difficultés.

Constats et hypothèses dans l’optique de déploiement du dispositif IFADEM en Haïti :

  • Niveau très faible d’une majorité des instituteurs testés : 73,6% d’entre eux ont un niveau inférieur à B1, niveau que devrait atteindre théoriquement qui enseigne le et en français.

Ce premier point montre avec évidence le très faible niveau d’ensemble des instituteurs testés. Et compte tenu des compétences exigées au niveau A2 on peut supposer qu’ils restent très insuffisants pour couvrir les besoins professionnels d’instituteurs de français, enseignant en français les matières de l’école fondamentale.

  • Niveau acceptable en maîtrise des structures de la langue  : 60,5% des candidats atteignent au moins le niveau B1.

Ce qui s’explique aisément, puisque les méthodes traditionnelles étant le plus souvent utilisées, on consacre dans les classes haïtiennes une large partie du temps à l’apprentissage de la grammaire.

  • Résultats paradoxaux en compréhension et en expression , tant orale qu’écrite, les scores d’expression se révélant supérieurs à ceux de compréhension, ce qui suscite l’interrogation puisque c’est d’ordinaire l’inverse qui est constaté.

Ce constat, relevant d’un cas de figure peu courant, voire très improbable est plus délicat à interpréter. Deux hypothèses peuvent être émises :

Hypothèse 1 : la faiblesse des résultats en compréhension peut s’expliquer par la prégnance, dans les épreuves, d’aspects culturels.

Par exemple : 
La forme des enregistrements à laquelle les candidats ne sont pas habitués ; 
Les contenus thématiques mis en œuvre dans les supports des tests (et qui relèvent beaucoup plus du français langue étrangère que du français langue seconde) ; 
La vitesse d’exécution requise de la part des candidats.

Dans cette hypothèse, la compréhension serait sous-estimée, le niveau « normal » étant celui de l’expression.

Hypothèse 2 : la relative qualité de l’expression peut s’expliquer par la surévaluation des prestations des candidats.

C’est en effet ce que fait apparaître un examen attentif des copies et des enregistrements : nombre de copies sont apparues incompréhensibles, nombre d’enregistrements inintelligibles. De toute évidence, certains résultats relativement bien notés sont très éloignés des compétences exigibles d’un instituteur de français ; et, contrairement aux examinateurs, les élèves sont sans doute incapables d’user des stratégies de coopération attendues d’un francophone natif face à un étranger de niveau A2 ou B1.

Cette seconde hypothèse est corroborée par les résultats d’une enquête menée par l’IHFOSED (Institut Haïtien de Formation en Sciences de l’Éducation) en 2008 auprès de quelque 1000 instituteurs, et qui montre que 95% de ces derniers ne dépassent pas, en français, le niveau A2 du CECR.

Retenir la seconde hypothèse conduit donc à revoir fortement à la baisse le niveau global des résultats du TCF. Le pourcentage des instituteurs testés n’atteignant pas le niveau B1 – et donc mal habilités à enseigner le et en français – est vraisemblablement bien supérieur aux 73,6% enregistrés par le CIEP.